Creusement inattendu du déficit de l’Etat en 2023 : un défi majeur pour le redressement des finances publiques

Le manque à gagner de l'Etat a été plus important que prévu en 2023

Ce mercredi, lors du Conseil des ministres, Bruno Le Maire a révélé que le déficit budgétaire de l'Etat a atteint 173,3 milliards à la fin de l'année 2023, soit une augmentation de 2 milliards par rapport aux prévisions de novembre. Cela est dû à une diminution des revenus fiscaux. Cette situation rend encore plus complexe la tâche de rétablir l'équilibre des finances publiques.

Par Renaud Honoré

"Nous avons encore du mal à faire face en termes de finances publiques", alertait Bruno Le Maire au début de janvier lors de ses souhaits pour les acteurs économiques. En effet, les mois à venir semblent difficiles pour le ministre des Finances, qui s'est engagé à une reprise financière mais qui doit faire face à une situation financière publique plus précaire que prévue.

Durant la réunion du Cabinet ce mercredi, le résident de Bercy a déclaré que le déficit budgétaire du gouvernement s'élevait à 173,3 milliards d'euros à la fin de 2023. C'est une augmentation de 2 milliards d'euros par rapport aux prévisions annoncées au début du mois de novembre lors de la proposition de loi de clôture de l'exercice, qui montrait déjà une détérioration de 6,4 milliards par rapport au budget initial voté fin 2022.

Depuis plusieurs semaines, Bercy craignait ces données, surveillant avec préoccupation le ralentissement du flux des recettes fiscales. La déclaration du Conseil des ministres valide cette évolution, révélant un déficit de 7,8 milliards par rapport aux prévisions de novembre.

Baisse de la TVA

En examinant les détails, de nombreux indicateurs sont en chute. C'est le cas pour l'impôt sur le revenu qui, selon le gouvernement, « a une perte de 1,4 milliard » à cause de « taux de prélèvement à la source provenant des déclarations de l'été 2023 moins élevés que prévu ». De plus, le rendement de l'impôt sur les sociétés est inférieur de 4,4 milliards par rapport aux prévisions, en raison d'un « versement anticipé en décembre plus faible que prévu et d'un bénéfice fiscal peu enthousiasmant ».

Ce dépôt insatisfaisant – qui surcharge déjà les comptes de 2023 – prédit également des complications supplémentaires pour 2024. De plus, la TVA – un autre indicateur de la dynamique économique – est en baisse, avec un déficit de 1,4 milliard par rapport aux prévisions. Il y a peu, le chef de la Cour des comptes, Pierre Moscovici, a même exhorté le gouvernement à reconsidérer rapidement sa prévision de croissance pour 2024 (+1,4 %), la jugeant trop ambitieuse.

Aussi à lire :

La politique budgétaire d'Emmanuel Macron suscite une réaction négative de Pierre Moscovici.

Immobilier : MaPrimeRénov' rencontre des difficultés pour augmenter sa capacité.

Cette situation fiscale défavorable est partiellement contrebalancée par de bonnes nouvelles en termes de dépenses, qui sont finalement inférieures de 6,2 milliards. Le gouvernement indique une "sous-utilisation des fonds alloués aux ministères (-3,8 milliards)", qui serait principalement due à des retards dans la livraison d'équipements militaires et à un coût inférieur du bouclier énergétique. Il y a également une "utilisation réduite du prélèvement sur recettes (-1,3 milliard) au bénéfice des collectivités territoriales, en raison d'un recours moindre au filet de sécurité face aux coûts de l'énergie."

Le budget 2024 est menacé par des problèmes

La détérioration de la situation rend plus complexe la planification budgétaire du gouvernement. Il continue officiellement de viser un déficit public (qui inclut aussi bien les comptes de l'État que ceux de la Sécurité sociale et des autorités locales) de 4,9 % du PIB en 2023. "Il va être difficile de respecter cet objectif à la lumière des dernières données", admet une source proche du sujet, alors que les coûts de la santé sont en hausse.

L'avenir semble particulièrement sombre pour l'année 2024, qui est supposée réduire le déficit public à 4,4 %. Les prévisions de fin 2023 s'annoncent moins prometteuses qu'anticipé, avec des prévisions de croissance peu encourageantes. François Ecalle, ancien juge à la Cour des comptes et responsable du site Fipeco dédié aux finances publiques, explique : "Il y a un impact de base sur les revenus fiscaux, et les moins-values de 2023 vont automatiquement se reporter sur 2024".

Consultez également :

Bruno Le Maire justifie ses décisions concernant le coût de l'électricité et les normes.

Cette situation permet de mieux comprendre les récentes déclarations de l'exécutif, tant en ce qui concerne l'augmentation des taxes sur l'électricité – qui devraient finalement générer 6 milliards, soit 2 milliards de plus que ce qui était prévu fin 2023 – que sur les franchises médicales.

Les répercussions en chaîne pourraient même affecter le budget de 2025, et potentiellement forcer le gouvernement à augmenter ses buts d'économies (12 milliards). "L'effort que nous fournissons pour maintenir notre trajectoire budgétaire n'a jamais été aussi pertinent, bénéfique et indispensable compte tenu de cet objectif pour 2023", estime Jean-René Cazeneuve, député Renaissance et rapporteur général du Budget à l'Assemblée nationale.

Honoré Renaud

Nouveau : Jetez un œil à nos prestations haut de gamme !

Nos Contenus Vidéo

Le pourquoi du comment de la construction du plus grand parc d'énergie renouvelable du monde par l'Inde

"Nous sommes à bout" : les fermiers verbalisent les motifs de leur mécontentement

"Train Maya", l'ambitieux projet qui sème la zizanie au Mexique

Ce qu'il est important de retenir de la conférence de presse d'Emmanuel Macron

Le plus consulté

La tactique budgétaire d'Emmanuel Macron fait grincer des dents Pierre Moscovici

Le gouvernement officialise une augmentation allant de 8,6 à 9,8 % sur la facture d'électricité

Augmentation des tarifs de l'électricité : les destinées variables des entreprises haut de gamme

Haut de gamme

En tête

Société Générale propose sa fintech Shine à l'achat Premium

Premium

Le moment de vérité pour la législation sur l'immigration au Conseil constitutionnel

Une suggestion surprenante pour rendre l'assurance dépendance universelle en France Premium

Premium

Budget et taxes

L'écart budgétaire de l'Etat s'est aggravé plus que prévu en 2023

Taxes : les options explorées pour aider les classes moyennes en 2025

Augmentation des tarifs de l'électricité : les impacts variables sur les entreprises Premium

Premium

Exercice

P

L'équipe

Toutes les autorisations sont conservées – Le Journal des Affaires 2024