Fiche pratique · Fiscalité

La plus-value professionnelle : court terme, long terme et exonérations

Vendre un actif de son entreprise (fonds, matériel, immeuble) dégage souvent une plus-value imposable. Court terme ou long terme, régime IR ou IS, et surtout les puissants régimes d’exonération : le point complet par Dinergie.

La plus-value professionnelle
En bref

La plus-value professionnelle est le gain réalisé lors de la cession d’un élément d’actif affecté à l’activité d’une entreprise (fonds de commerce, matériel, immeuble, brevet…). Pour les entreprises à l’IR, on distingue la plus-value à court terme (imposée comme un bénéfice ordinaire) et la plus-value à long terme (taxée à un taux réduit). À l’IS, la plus-value est en principe intégrée au résultat taxé au taux normal.

Plusieurs régimes d’exonération très favorables existent pour les entreprises à l’IR : exonération selon le montant des recettes (art. 151 septies), selon la valeur du fonds transmis (art. 238 quindecies) et en cas de départ à la retraite (art. 151 septies A). Bien choisi, le régime applicable peut effacer tout ou partie de l’impôt.

Qu’est-ce qu’une plus-value professionnelle ?

La plus-value professionnelle est le gain constaté lorsqu’une entreprise cède un élément de son actif immobilisé pour un prix supérieur à sa valeur comptable. Elle peut résulter de la vente d’un fonds de commerce, d’un immeuble d’exploitation, de matériel, d’un véhicule, d’un brevet ou de titres inscrits à l’actif. Le terme couvre aussi les opérations assimilées à une cession : apport, échange, retrait d’un bien du patrimoine professionnel, cessation d’activité.

Le calcul de base est simple dans son principe :

Plus-value = prix de cessionvaleur nette comptable (prix d’acquisition − amortissements déjà pratiqués).

Parce que l’entreprise a souvent déjà déduit des amortissements sur le bien, la valeur nette comptable est inférieure au prix d’achat : la cession fait alors « ressortir » un gain, même si le prix de vente est inférieur au prix d’achat d’origine.

Court terme ou long terme : la distinction clé à l’IR

Pour les entreprises soumises à l’impôt sur le revenu (entreprise individuelle, BIC, BNC, certaines sociétés de personnes), la plus-value est ventilée entre une part à court terme et une part à long terme, selon la durée de détention du bien et le montant des amortissements pratiqués.

Nature du bienDétenu < 2 ansDétenu ≥ 2 ans
Bien amortissableCourt terme en totalitéCourt terme à hauteur des amortissements, long terme au-delà
Bien non amortissable (fonds, terrain…)Court termeLong terme
  • La plus-value à court terme est ajoutée au résultat de l’entreprise et imposée au barème de l’impôt sur le revenu (plus cotisations sociales). Un étalement sur trois ans peut être demandé pour lisser la charge.
  • La plus-value à long terme bénéficie d’un taux réduit (impôt sur le revenu à taux forfaitaire majoré des prélèvements sociaux), nettement plus avantageux que le barème.

Le régime particulier des sociétés à l’IS

Pour les sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés, la distinction court terme / long terme a en grande partie disparu. La plus-value de cession d’un actif est, en règle générale, intégrée au résultat imposable et taxée au taux normal de l’IS (15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice puis 25 %).

Subsistent toutefois des régimes de long terme spécifiques à l’IS, notamment pour les titres de participation détenus depuis au moins deux ans (régime dit « niche Copé », exonération sous réserve d’une quote-part de frais et charges) et pour certains produits de la propriété industrielle. Le traitement d’une plus-value diffère donc fortement selon que l’entreprise relève de l’IR ou de l’IS : c’est un paramètre déterminant à examiner avant toute cession.

Les régimes d’exonération

C’est l’aspect le plus stratégique. Plusieurs dispositifs, propres aux entreprises relevant de l’IR, permettent d’exonérer tout ou partie de la plus-value. Ils peuvent parfois se combiner :

  • Exonération selon les recettes (article 151 septies) : réservée aux activités exercées depuis au moins 5 ans, elle exonère totalement la plus-value lorsque la moyenne des recettes annuelles reste sous un premier seuil, et partiellement entre ce seuil et un plafond (seuils différents selon que l’activité est commerciale/agricole ou de prestations de services/libérale).
  • Exonération selon la valeur transmise (article 238 quindecies) : applicable à la transmission d’une entreprise ou d’une branche complète d’activité, avec une exonération totale en deçà d’une certaine valeur des éléments transmis et une exonération dégressive au-delà, jusqu’à un plafond.
  • Exonération pour départ à la retraite (article 151 septies A) : en cas de cession de l’entreprise concomitante au départ à la retraite du dirigeant, la plus-value est exonérée d’impôt (les prélèvements sociaux restant en principe dus), sous conditions de durée d’activité et de cessation des fonctions.

Chaque régime obéit à des conditions précises (durée d’exploitation, nature de l’activité, plafonds, articulation entre dispositifs). Le choix du bon régime, voire leur combinaison, relève d’une analyse fine : c’est là que l’accompagnement d’un expert-comptable est le plus rentable.

Exemple chiffré

Un commerçant exploite en entreprise individuelle (IR) depuis 12 ans. Il vend son fonds de commerce 180 000 €. Le fonds avait été créé (valeur comptable proche de zéro), la plus-value est donc d’environ 180 000 €, intégralement à long terme (bien non amortissable détenu plus de 2 ans).

  • Sans régime de faveur : la plus-value à long terme serait taxée au taux réduit + prélèvements sociaux.
  • Avec l’article 238 quindecies : la valeur du fonds transmis étant inférieure au plafond d’exonération totale, la plus-value peut être totalement exonérée d’impôt.
  • Avec l’article 151 septies : si ses recettes moyennes sont restées sous le seuil bas, l’exonération est également totale.

Dans cette configuration, le commerçant peut sortir de l’opération sans impôt sur la plus-value, à condition d’avoir vérifié en amont l’éligibilité au régime et respecté ses conditions. À l’inverse, une cession mal préparée (juste au-dessus d’un seuil, ou avant d’atteindre les 5 ans d’exploitation) peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Points d’attention et erreurs fréquentes

  • Oublier l’impact des amortissements : un bien largement amorti dégage une forte plus-value à court terme, même vendu en dessous de son prix d’achat.
  • Confondre IR et IS : les régimes d’exonération les plus généreux ne concernent que les entreprises à l’IR.
  • Céder trop tôt : plusieurs exonérations exigent 5 ans d’exploitation.
  • Mal articuler les dispositifs : leur cumul obéit à des règles précises qu’il faut vérifier.
  • Ignorer les prélèvements sociaux, qui peuvent rester dus même lorsque l’impôt est exonéré (cas du départ en retraite).

La plus-value professionnelle est l’un des sujets fiscaux où l’anticipation rapporte le plus. Préparer une cession ou un départ en retraite plusieurs mois à l’avance, en arbitrant le régime applicable et le calendrier, permet souvent d’effacer l’essentiel de l’impôt, en cohérence avec votre stratégie de fiscalité et de trésorerie.

Questions fréquentes

Quelle différence entre plus-value à court terme et à long terme ?

À l’IR, la plus-value à court terme (bien détenu moins de 2 ans, ou part correspondant aux amortissements) est imposée au barème de l’impôt sur le revenu. La plus-value à long terme bénéficie d’un taux forfaitaire réduit, majoré des prélèvements sociaux.

Peut-on être totalement exonéré de plus-value professionnelle ?

Oui, sous conditions. Les articles 151 septies (recettes), 238 quindecies (valeur transmise) et 151 septies A (départ à la retraite) du Code général des impôts permettent une exonération totale ou partielle pour les entreprises relevant de l’IR.

Comment est traitée la plus-value dans une société à l’IS ?

Elle est en principe intégrée au résultat et taxée au taux normal de l’IS. Des régimes de long terme subsistent toutefois, notamment pour les titres de participation détenus depuis au moins deux ans.

Faut-il anticiper sa cession pour bénéficier des exonérations ?

Oui. Plusieurs régimes exigent une durée minimale d’exploitation (souvent 5 ans) ou un lien avec le départ en retraite. Préparer l’opération en amont permet de vérifier l’éligibilité et d’optimiser le calendrier.

Source officielle : bofip.impots.gouv.fr — Plus-values et moins-values professionnelles. Les seuils et plafonds d’exonération sont révisés et doivent être vérifiés avant toute cession.

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