Le DIF (droit individuel à la formation) a disparu le 1er janvier 2015, remplacé par le Compte personnel de formation (CPF). Pourtant, le sigle continue de circuler dans les entreprises, sur les bulletins de paie d’archives et dans les questions des salariés. Que sont devenues les heures accumulées au titre du DIF ? Comment fonctionne aujourd’hui le CPF, désormais exprimé en euros et non plus en heures ? Et quel est ce « reste à charge » que beaucoup découvrent au moment de s’inscrire à une formation ? Ce guide, rédigé par le cabinet Dinergie, fait le point complet sur le passage du DIF au CPF et sur les droits dont vous disposez réellement aujourd’hui.
Qu’était le DIF, le droit individuel à la formation ?
Le DIF, ou droit individuel à la formation, a été créé par la loi du 4 mai 2004 sur la formation professionnelle tout au long de la vie. Son principe était simple : chaque salarié en contrat à durée indéterminée acquérait un crédit d’heures de formation, généralement à hauteur de 20 heures par an, cumulables sur six ans dans la limite de 120 heures.
Le DIF présentait toutefois des limites importantes. Il était rattaché à l’employeur : les heures s’acquéraient au titre d’un contrat de travail, et leur utilisation nécessitait l’accord de l’entreprise sur le choix de la formation. En cas de changement d’emploi ou de licenciement, la portabilité des droits restait partielle et complexe. Enfin, le compteur d’heures était suivi par chaque employeur, ce qui rendait le suivi difficile pour les salariés ayant connu plusieurs postes. Ces faiblesses ont conduit le législateur à repenser entièrement le dispositif.
Le passage du DIF au CPF en 2015
La loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle a acté la fin du DIF. Depuis le 1er janvier 2015, le droit individuel à la formation a été remplacé par le Compte personnel de formation (CPF). Ce changement n’est pas seulement un changement de nom : il s’agit d’une refonte profonde de la logique du droit à la formation.
Contrairement au DIF, le CPF est attaché à la personne et non au contrat de travail. Il suit le salarié tout au long de sa vie professionnelle, qu’il change d’employeur, qu’il devienne demandeur d’emploi ou même qu’il passe au statut d’indépendant. Le compte est ouvert dès l’entrée sur le marché du travail et n’est clôturé qu’au moment du départ à la retraite (les droits cessant alors généralement d’être mobilisables). Cette portabilité totale constitue l’apport majeur du CPF par rapport à l’ancien DIF.
Autre nouveauté décisive : depuis le 1er janvier 2019, le CPF n’est plus alimenté en heures mais en euros. Cette monétisation visait à donner au titulaire une lecture immédiate de la valeur de ses droits et à simplifier le financement direct des formations.
Le transfert des heures de DIF sur le CPF
Les heures de DIF acquises et non utilisées au 31 décembre 2014 n’ont pas été perdues automatiquement : elles pouvaient être transférées sur le CPF. Mais ce transfert n’était pas automatique et reposait sur une démarche du salarié. Concrètement, chacun devait saisir son solde d’heures DIF (figurant sur son dernier bulletin de paie de décembre 2014, sur une attestation de l’employeur ou sur un certificat de travail) directement sur la plateforme officielle.
La date limite de cette saisie, initialement fixée à fin 2020, a été reportée au 30 juin 2021. Passé le 1er juillet 2021, la campagne de transfert a été définitivement close : les heures de DIF non reportées sur le CPF avant cette échéance ont été perdues. Si vous aviez effectué la saisie dans les temps, vos anciennes heures de DIF ont été converties en euros et intégrées à votre CPF. Le taux de conversion retenu était de 15 € par heure de DIF, ces sommes venant s’ajouter à vos droits CPF dans la limite du plafond applicable.
Si vous n’avez pas effectué cette démarche avant la date butoir, il n’est malheureusement plus possible de récupérer ces droits aujourd’hui. Seuls les droits acquis au titre du CPF restent mobilisables.
Le fonctionnement du CPF en euros
Aujourd’hui, le CPF fonctionne entièrement en euros. Pour un salarié exerçant une activité à temps plein (ou au moins à mi-temps) sur l’année, le compte est alimenté de 500 € par année de travail, dans la limite d’un plafond total de 5 000 €. Une fois ce plafond atteint, le compte cesse d’être crédité tant que les droits ne sont pas utilisés.
Des montants majorés existent pour certains publics. Les salariés peu ou pas qualifiés, ainsi que les travailleurs en situation de handicap, bénéficient d’une alimentation portée à 800 € par an, avec un plafond relevé à 8 000 €. Pour les salariés à temps partiel inférieur à un mi-temps, l’alimentation est calculée au prorata du temps travaillé.
Cette logique en euros change la manière d’anticiper un projet de formation : il ne s’agit plus de raisonner en volume d’heures, mais de comparer le coût d’une formation au solde disponible sur le compte. Lorsque le solde CPF ne suffit pas à couvrir le coût total, des financements complémentaires (abondements) peuvent intervenir, qu’ils proviennent de l’employeur, d’un opérateur de compétences, de France Travail ou de la Région.
Comment utiliser ses droits à la formation
L’utilisation du CPF passe par la plateforme officielle Mon Compte Formation, accessible sur le site moncompteformation.gouv.fr et via son application mobile. Le titulaire se connecte à son espace personnel (avec FranceConnect+), consulte le solde en euros disponible, recherche une formation éligible dans le catalogue, puis s’inscrit directement en ligne sans intermédiaire.
Toutes les formations ne sont pas éligibles au CPF. Le dispositif finance notamment les formations certifiantes inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) ou au Répertoire spécifique (RS), les bilans de compétences, l’accompagnement à la validation des acquis de l’expérience (VAE), la préparation du permis de conduire ou encore la création et la reprise d’entreprise. Le salarié peut suivre la formation en dehors de son temps de travail sans accord de l’employeur ; s’il souhaite se former pendant son temps de travail, il doit en revanche solliciter une autorisation d’absence.
Un point de vigilance : depuis 2022, l’accès au compte exige une authentification renforcée, mise en place pour lutter contre les fraudes et le démarchage abusif qui ont longtemps visé les titulaires de CPF. Méfiez-vous de tout appel ou message vous proposant d’utiliser vos droits à votre place : l’administration ne démarche jamais en ce sens.
Le reste à charge sur le CPF
Jusqu’en 2024, le CPF permettait, dans de nombreux cas, de financer intégralement une formation sans débourser un centime. Ce n’est plus systématiquement le cas. Depuis le 2 mai 2024, une participation forfaitaire (souvent appelée « reste à charge ») est demandée au titulaire à chaque inscription à une formation financée par le CPF.
Initialement fixé à 100 €, ce montant a été revalorisé et s’établit désormais à 150 € par formation, quel que soit le coût total de celle-ci. Cette somme reste due même si le solde CPF couvre largement le prix de la formation. Elle est réglée directement lors de l’inscription sur Mon Compte Formation.
Certaines situations ouvrent droit à une exonération de cette participation. Sont notamment dispensés les demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, ainsi que les salariés dont la formation bénéficie d’un abondement de l’employeur ou d’un financeur (l’abondement « écrasant » alors le reste à charge). Compte tenu des évolutions réglementaires régulières sur ce point, nous vous recommandons de vérifier le montant exact applicable au moment de votre inscription directement sur la plateforme officielle.
Questions fréquentes
Mes heures de DIF sont-elles perdues ?
Cela dépend de votre démarche passée. Si vous avez saisi votre solde d’heures de DIF sur votre CPF avant le 30 juin 2021, elles ont été converties en euros (au taux de 15 € par heure) et figurent dans votre compte. Si vous n’avez pas effectué cette saisie avant la date limite, les droits DIF sont définitivement perdus : aucune régularisation n’est possible aujourd’hui.
Le CPF est-il alimenté en heures ou en euros ?
En euros. Depuis le 1er janvier 2019, le CPF est crédité en euros et non plus en heures. Un salarié à temps plein acquiert 500 € par an, dans la limite de 5 000 € (montants majorés pour les publics les moins qualifiés ou en situation de handicap).
Dois-je payer pour utiliser mon CPF ?
Dans le cas général, oui : depuis mai 2024, une participation forfaitaire d’environ 150 € est demandée à chaque inscription, quel que soit le coût de la formation. Les demandeurs d’emploi et les formations cofinancées par un abondement de l’employeur ou d’un financeur en sont dispensés.
Comment connaître le solde de mon CPF ?
Connectez-vous à votre espace personnel sur moncompteformation.gouv.fr ou via l’application mobile Mon Compte Formation, en vous identifiant avec FranceConnect+. Vous y verrez votre solde exact en euros, l’historique de vos droits et les formations éligibles.
Besoin d’y voir clair sur la formation dans votre entreprise ?
Entre le DIF disparu, le CPF en euros, les abondements employeur et le plan de développement des compétences, la gestion de la formation professionnelle reste un sujet technique pour les dirigeants comme pour les services RH. Le cabinet Dinergie accompagne les entreprises dans le pilotage social, la paie et la conformité de leurs obligations en matière de formation. Pour aller plus loin sur la gestion de vos contrats et de vos équipes, consultez aussi nos articles sur l’avenant au contrat de travail, le préavis de démission en CDI et le calcul des congés payés.
Pour vérifier le détail de la réglementation, vous pouvez également consulter la fiche officielle du Compte personnel de formation sur service-public.gouv.fr.





