Fiche pratique · Comptabilité
Commissaire aux comptes : rôle et nomination
Auditeur légal indépendant, le commissaire aux comptes certifie les comptes annuels. Rôle, missions, seuils de nomination et durée du mandat : l’essentiel à connaître.

Le commissaire aux comptes (CAC) est un professionnel indépendant chargé d’une mission d’intérêt général : certifier que les comptes annuels d’une société sont réguliers, sincères et donnent une image fidèle de sa situation financière. À distinguer de l’expert-comptable, qui établit les comptes — le CAC, lui, les contrôle.
Sa nomination devient obligatoire dès qu’une société dépasse deux des trois seuils : 5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d’affaires HT, 50 salariés. Son mandat couvre six exercices (ou trois en audit légal petites entreprises).
Le rôle et la mission du commissaire aux comptes
Le commissaire aux comptes (CAC) est un auditeur légal externe, inscrit sur une liste tenue par la CNCC et rattaché à une compagnie régionale (CRCC). Sa mission première relève de l’audit légal : il contrôle l’information financière produite par l’entreprise afin d’en garantir la fiabilité auprès des tiers (actionnaires, banques, administration, partenaires). Contrairement à un prestataire choisi librement par le dirigeant, le CAC remplit une mission d’intérêt général prévue par la loi.
Son intervention vise à donner confiance à tous ceux qui s’appuient sur les comptes pour prendre des décisions. Quand un commissaire aux comptes certifie les états financiers d’une société, cette certification constitue un gage de transparence et de crédibilité, particulièrement utile lors d’une levée de fonds, d’une demande de crédit, d’une cession ou de l’entrée de nouveaux investisseurs. Au-delà de cette mission de certification, le CAC dispose de prérogatives spécifiques : devoir d’alerte en cas de menace sur la continuité d’exploitation et obligation de révélation au procureur de la République des faits délictueux dont il a connaissance.
La certification des comptes : réguliers, sincères et image fidèle
Le cœur du métier du commissaire aux comptes est la certification des comptes annuels (bilan, compte de résultat et annexe). Le Code de commerce lui demande de certifier que ces comptes sont « réguliers et sincères » et qu’ils donnent une « image fidèle » du résultat des opérations de l’exercice écoulé, ainsi que de la situation financière et du patrimoine de la société à la clôture. Ces trois notions sont au fondement de l’audit légal :
- Régularité : la conformité des comptes aux règles et procédures comptables en vigueur (Plan comptable général, textes légaux et réglementaires).
- Sincérité : l’application de bonne foi de ces règles, en fonction de la connaissance que les responsables des comptes ont normalement de la réalité et de l’importance des opérations et événements enregistrés.
- Image fidèle : la traduction la plus exacte possible de la situation réelle de l’entreprise, sans déformation ni dissimulation.
Pour parvenir à son opinion, le commissaire aux comptes met en œuvre des diligences normalisées : analyse du contrôle interne, vérification des opérations significatives, contrôle des soldes, confirmation auprès de tiers, examen de l’annexe. À l’issue de ses travaux, il rédige un rapport remis à l’assemblée générale, dans lequel il peut certifier sans réserve, certifier avec réserve(s), ou refuser de certifier. Cette opinion est distincte de l’établissement des comptes, qui relève de l’entreprise et, le cas échéant, de son expert-comptable.
Indépendance et procédure d’alerte
L’indépendance est le principe cardinal de la profession. Le commissaire aux comptes ne peut pas auditer une société à laquelle il fournirait par ailleurs des prestations comptables ou de conseil susceptibles de le placer en situation d’auto-révision. Cette séparation stricte est la raison pour laquelle un même cabinet ne peut être à la fois expert-comptable et commissaire aux comptes d’une même entité. Le respect de ces règles déontologiques est contrôlé par la Haute autorité de l’audit (H2A), autorité publique qui supervise la profession, et encadré par un code de déontologie.
Parmi ses missions particulières, le commissaire aux comptes met en œuvre la procédure d’alerte lorsqu’il relève, à l’occasion de ses contrôles, des faits de nature à compromettre la continuité d’exploitation de l’entreprise. Cette procédure est progressive et destinée à provoquer une réaction des dirigeants avant qu’il ne soit trop tard. Schématiquement, elle se déroule en plusieurs phases :
- Le CAC informe le dirigeant par écrit et lui demande des explications sur les faits relevés.
- En l’absence de réponse satisfaisante, il invite le dirigeant à faire délibérer l’organe collégial (conseil d’administration ou de surveillance).
- Il établit un rapport spécial présenté à l’assemblée générale des associés ou actionnaires.
- En dernier recours, il informe le président du tribunal de commerce de l’absence de mesures correctrices.
À cela s’ajoute l’obligation de révélation des faits délictueux : si le commissaire aux comptes constate des irrégularités susceptibles de constituer une infraction pénale (abus de biens sociaux, faux en écritures, présentation de comptes infidèles), il doit les signaler au procureur de la République.
Quand la nomination d’un commissaire aux comptes est-elle obligatoire ?
La nomination d’un commissaire aux comptes devient obligatoire dès qu’une société dépasse deux des trois seuils fixés par le Code de commerce, quelle que soit sa forme juridique (SAS, SARL, SA, SNC, etc.). Ces seuils ont été relevés de 25 % par le décret du 28 février 2024 et s’appliquent aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024. Ils restent inchangés en 2025 et 2026.
| Critère | Seuil société commerciale (cas général) | Seuil filiale significative d’un groupe |
|---|---|---|
| Total du bilan | 5 000 000 € | 2 500 000 € |
| Chiffre d’affaires HT | 10 000 000 € | 5 000 000 € |
| Nombre moyen de salariés | 50 | 25 |
| Condition de déclenchement | Dépassement d’au moins 2 des 3 seuils | |
Avant ce relèvement, et depuis la loi PACTE de 2019, les seuils généraux étaient fixés à 4 M€ de bilan, 8 M€ de chiffre d’affaires HT et 50 salariés. Ces montants de 4/8/50 sont donc désormais des références historiques : c’est bien le triplet 5 M€ / 10 M€ / 50 qui s’applique aujourd’hui pour le cas général.
Le cas des groupes appelle une vigilance particulière. Une société qui contrôle une ou plusieurs autres entités (société tête de groupe) doit nommer un commissaire aux comptes si l’ensemble qu’elle forme avec ses filiales dépasse les seuils, même si, prise isolément, elle ne les atteint pas. De plus, les filiales significatives d’un groupe ainsi tenu de désigner un CAC sont elles-mêmes soumises à des seuils abaissés (2,5 M€ de bilan, 5 M€ de CA HT, 25 salariés). En cas de doute sur la situation exacte de votre structure ou de votre groupe, mieux vaut faire vérifier l’application des textes : les règles de consolidation et de contrôle sont précisées par le Code de commerce et la documentation de la CNCC, qui font foi.
Enfin, même en dessous des seuils, une société peut décider une nomination volontaire pour renforcer sa crédibilité auprès des banques et investisseurs. Des associés représentant au moins 10 % du capital peuvent également demander en justice la désignation d’un commissaire aux comptes.
La durée du mandat du commissaire aux comptes
Le commissaire aux comptes est désigné pour une durée fixée par la loi : son mandat couvre six exercices (article L. 821-44, anciennement L. 823-3 du Code de commerce). Cette durée longue garantit la stabilité de la relation et permet au CAC d’acquérir une connaissance approfondie de l’entreprise, tout en préservant son indépendance par des règles de rotation. À l’issue des six exercices, le mandat peut être renouvelé.
Pour les petites entreprises qui désignent un commissaire aux comptes de façon volontaire (ou dans certains cas issus de la loi PACTE), un dispositif allégé existe : l’audit légal petites entreprises (ALPE), avec un mandat réduit à trois exercices et des diligences proportionnées. Ce format permet d’accéder aux bénéfices de l’audit légal tout en maîtrisant son coût. Le choix entre mandat de six ans et mandat ALPE de trois ans dépend de la situation de la société et du caractère obligatoire ou volontaire de la nomination.
Expert-comptable et commissaire aux comptes : quelles différences ?
La distinction entre l’expert-comptable et le commissaire aux comptes est essentielle, car les deux professions sont complémentaires mais ne se confondent pas. L’expert-comptable établit et organise la comptabilité : il produit les comptes, conseille le dirigeant et l’assiste dans sa gestion. Le commissaire aux comptes, lui, ne produit rien : il contrôle et certifie a posteriori des comptes établis par d’autres. C’est précisément cette séparation qui fonde l’indépendance de l’audit légal.
| Critère | Expert-comptable | Commissaire aux comptes |
|---|---|---|
| Nature de la mission | Conseil et établissement des comptes | Contrôle et certification des comptes |
| Posture | Aux côtés du dirigeant (mission contractuelle) | Indépendant, mission d’intérêt général |
| Désignation | Choisi librement par l’entreprise | Nommé par l’assemblée (obligatoire au-delà des seuils) |
| Durée d’engagement | Lettre de mission renouvelable annuellement | Mandat de 6 exercices (ou 3 en ALPE) |
| Livrable principal | Comptes annuels, attestations, conseil | Rapport de certification à l’assemblée générale |
| Organe de tutelle | Ordre des experts-comptables (OEC) | CNCC / CRCC, sous contrôle de la H2A |
En pratique, une même société peut faire appel aux deux : l’expert-comptable tient et présente les comptes, l’annexe et le bilan fonctionnel, tandis que le commissaire aux comptes les audite et les certifie. Pour des raisons d’indépendance, ce ne peut toutefois pas être le même professionnel ni le même cabinet pour une entité donnée. La compréhension de documents comme l’annexe comptable ou l’attestation de régularité fiscale illustre bien la frontière entre ce qui relève de l’établissement des comptes et ce qui relève de leur contrôle.
Questions fréquentes sur le commissaire aux comptes
Toutes les sociétés doivent-elles avoir un commissaire aux comptes ?
Non. La nomination n’est obligatoire que si la société dépasse deux des trois seuils (5 M€ de bilan, 10 M€ de chiffre d’affaires HT, 50 salariés) ou si elle est une filiale significative d’un groupe tenu d’en désigner un. En dessous, la nomination reste facultative, mais elle peut être décidée volontairement ou imposée par des associés détenant au moins 10 % du capital.
Un expert-comptable peut-il être commissaire aux comptes de la même société ?
Non. Le principe d’indépendance interdit qu’un même professionnel établisse et certifie les comptes d’une même entité, car il se trouverait en situation d’auto-révision. Une société peut recourir aux deux, mais auprès de cabinets distincts.
Combien de temps dure le mandat d’un commissaire aux comptes ?
Le mandat standard est de six exercices, renouvelables. Dans le cadre de l’audit légal petites entreprises (ALPE), réservé notamment aux nominations volontaires, le mandat est ramené à trois exercices avec des diligences allégées.
Que se passe-t-il si le commissaire aux comptes refuse de certifier ?
Un refus de certifier, ou une certification avec réserve, signale aux tiers que les comptes présentent des anomalies significatives non corrigées. C’est un signal fort pour les actionnaires, les banques et l’administration. Le dirigeant a tout intérêt à anticiper ces situations en sécurisant en amont la qualité de sa comptabilité, par exemple en soignant ses dotations aux amortissements et le respect des règles d’évaluation.
Source officielle : Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC).
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