Fiche pratique · Juridique & statuts
Les apports au capital : numéraire, nature et industrie
Constituer une société, c’est apporter des biens ou de l’argent en échange de parts ou d’actions. Apports en numéraire, en nature, en industrie, libération du capital et commissaire aux apports : le point complet par Dinergie.

Un apport au capital est un bien que chaque associé met à la disposition de la société lors de sa création ou d’une augmentation de capital, en contrepartie de parts sociales ou d’actions. Il existe trois types d’apports : en numéraire (de l’argent), en nature (un bien : immeuble, matériel, fonds de commerce, brevet…) et en industrie (un savoir-faire, un travail).
Les apports en numéraire et en nature composent le capital social ; l’apport en industrie, lui, donne des parts mais n’entre pas dans le capital. Un commissaire aux apports peut être obligatoire pour évaluer les apports en nature au-delà de certains seuils. Le capital en numéraire peut être libéré partiellement à la constitution (1/5 en SARL, la moitié en SAS).
Qu’est-ce qu’un apport au capital ?
Lorsqu’une société est créée, ses associés doivent lui transférer des moyens pour fonctionner. Ces transferts sont appelés des apports. En échange de son apport, chaque associé reçoit des droits sociaux (parts sociales pour une SARL/EURL, actions pour une SAS/SA) qui représentent sa quote-part dans la société et lui ouvrent des droits : vote en assemblée, dividendes, boni de liquidation.
La somme des apports en numéraire et en nature constitue le capital social, mentionné dans les statuts et au registre du commerce. Le capital social joue un double rôle : il finance les premiers besoins de l’entreprise et constitue un gage pour les créanciers, qui peuvent en mesurer la solidité.
L’apport en numéraire
L’apport en numéraire est le plus simple et le plus fréquent : il s’agit d’une somme d’argent versée par l’associé. À la constitution, ces fonds sont déposés sur un compte bloqué (banque, notaire ou caisse des dépôts) qui délivre une attestation de dépôt des fonds, indispensable pour immatriculer la société. Les fonds sont débloqués sur présentation de l’extrait Kbis.
Le capital en numéraire peut être libéré partiellement à la création, c’est-à-dire que les associés ne versent qu’une partie de leur apport immédiatement :
- SARL / EURL : au moins 1/5 (20 %) du montant souscrit doit être libéré à la constitution ;
- SAS / SASU / SA : au moins la moitié (50 %) doit être libérée à la constitution.
Le solde doit être versé dans un délai maximal de cinq ans. Attention : tant que le capital n’est pas intégralement libéré, la société ne peut pas bénéficier du taux réduit d’impôt sur les sociétés à 15 %, et la distribution de dividendes peut être restreinte. La libération partielle est donc un outil de trésorerie, à manier avec discernement.
L’apport en nature
L’apport en nature consiste à apporter un bien autre que de l’argent : un local, du matériel, un véhicule, un fonds de commerce, un brevet, des marques, un portefeuille de clientèle ou même des parts d’une autre société. Ce bien doit être évalué pour déterminer le nombre de parts ou d’actions qu’il génère, car sa valeur intègre le capital social.
L’enjeu de l’évaluation est sensible : une surévaluation tromperait les autres associés et les créanciers sur la réalité du capital. C’est pourquoi la loi prévoit, dans certains cas, l’intervention d’un commissaire aux apports, professionnel indépendant (commissaire aux comptes ou expert) qui établit un rapport sur la valeur des biens apportés.
La désignation d’un commissaire aux apports est en principe obligatoire, sauf si deux conditions cumulatives sont réunies dans les SARL et SAS :
- aucun apport en nature n’a une valeur supérieure à 30 000 € ;
- la valeur totale des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital social.
Si ces deux conditions sont remplies, les associés peuvent décider à l’unanimité de ne pas recourir à un commissaire. Ils évaluent alors eux-mêmes les apports, mais en restent solidairement responsables pendant cinq ans à l’égard des tiers en cas de surévaluation.
L’apport en industrie
L’apport en industrie est le plus particulier : l’associé met à disposition de la société non pas un bien, mais son travail, ses connaissances techniques, son savoir-faire ou son réseau. Un développeur qui s’engage à coder la plateforme, un artisan qui apporte son tour de main, un consultant qui apporte sa notoriété : ce sont des apports en industrie.
Sa particularité juridique majeure : l’apport en industrie ne concourt pas à la formation du capital social, car il n’est ni saisissable ni cessible. Il ne peut donc pas servir de gage aux créanciers. En revanche, il donne droit à des parts sociales spécifiques (parts d’industrie), qui ouvrent droit au partage des bénéfices et au vote, mais pas à une quote-part du capital.
L’apport en industrie est interdit dans les sociétés anonymes (SA), mais autorisé en SARL, EURL, SAS et SASU. Il doit être précisément encadré par les statuts (durée, missions, modalités d’évaluation des droits).
Tableau récapitulatif des trois apports
| Type d’apport | Nature | Entre dans le capital ? | Contrepartie |
|---|---|---|---|
| Numéraire | Somme d’argent | Oui | Parts / actions |
| Nature | Bien (immeuble, matériel, fonds, brevet…) | Oui | Parts / actions |
| Industrie | Travail, savoir-faire, réseau | Non | Parts d’industrie (bénéfices + vote) |
Exemple chiffré
Trois associés créent une SAS. Le capital social prévu est de 50 000 €.
- Associé A apporte 20 000 € en numéraire. Il libère immédiatement 50 % (10 000 €) et versera le solde sous cinq ans.
- Associé B apporte un matériel de production évalué à 30 000 € (apport en nature). Comme un apport dépasse 30 000 € n’est pas le cas ici, mais que la valeur totale des apports en nature dépasse la moitié du capital, un commissaire aux apports est obligatoire.
- Associé C apporte son expertise technique en industrie. Il ne contribue pas au capital de 50 000 € mais reçoit des parts d’industrie lui donnant droit à 15 % des bénéfices, selon les statuts.
Le capital social s’élève donc à 50 000 € (20 000 € + 30 000 €), réparti entre A et B. C participe à la vie sociale et aux résultats grâce à ses parts d’industrie, sans détenir de quote-part du capital.
Apport et compte courant d’associé : ne pas confondre
Un apport au capital ne doit pas être confondu avec un compte courant d’associé. L’apport est définitif : il rejoint le capital et n’est récupérable qu’à la liquidation ou par cession de titres. Le compte courant, lui, est un prêt de l’associé à la société, remboursable, qui peut produire des intérêts et reste de la dette, pas du capital.
Le choix entre renforcer le capital ou apporter en compte courant a des conséquences fiscales et juridiques. Augmenter le capital améliore l’image de solvabilité ; le compte courant offre plus de souplesse de retrait. Pour le gérant majoritaire de SARL, rappelons que les apports en compte courant entrent dans le seuil de 10 % au-delà duquel les dividendes sont cotisés.
Questions fréquentes
Faut-il toujours un commissaire aux apports ?
Non. En SARL et SAS, les associés peuvent s’en dispenser à l’unanimité si aucun apport en nature ne dépasse 30 000 € et si la valeur totale des apports en nature ne dépasse pas la moitié du capital. À défaut, sa désignation est obligatoire.
Peut-on libérer le capital en plusieurs fois ?
Oui pour les apports en numéraire. Il faut libérer au moins 1/5 à la constitution en SARL/EURL et la moitié en SAS/SA, le solde devant être versé dans un délai maximal de cinq ans. Les apports en nature, eux, doivent être libérés intégralement dès la création.
L’apport en industrie compte-t-il dans le capital ?
Non. L’apport en industrie ne fait pas partie du capital social car il n’est ni cessible ni saisissable. Il donne droit à des parts d’industrie ouvrant droit aux bénéfices et au vote, mais pas à une quote-part du capital. Il est interdit en SA.
Que se passe-t-il en cas de surévaluation d’un apport en nature ?
Si les associés ont renoncé au commissaire aux apports, ils sont solidairement responsables, pendant cinq ans, de la valeur attribuée aux apports en nature à l’égard des tiers. Une surévaluation peut donc engager leur responsabilité personnelle.
Source officielle : entreprendre.service-public.gouv.fr — Apports en société et capital social. Les seuils de dispense de commissaire aux apports et les règles de libération sont à vérifier sur le site officiel.
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