Indemnité de rupture conventionnelle : calcul et fiscalité (2026)

À retenir — L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement, calculée à partir du salaire de référence : 1/4 de mois par année d’ancienneté jusqu’à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Elle est exonérée d’impôt sur le revenu dans certaines limites, partiellement soumise à CSG/CRDS et supporte un forfait social employeur. La procédure suppose un entretien, un délai de rétractation et l’homologation par l’administration.

La rupture conventionnelle est devenue, en France, l’un des modes les plus utilisés pour mettre fin à un contrat à durée indéterminée (CDI). Elle séduit parce qu’elle repose sur un accord : ni démission, ni licenciement, mais une séparation négociée entre l’employeur et le salarié. Au cœur de ce dispositif se trouve une question centrale pour les deux parties : le montant de l’indemnité rupture conventionnelle. Comment se calcule-t-elle ? Quel est le minimum légal ? Quelle fiscalité s’applique ? Et quelles cotisations sociales viennent grever ou non cette somme ? Cet article fait le point, de manière pédagogique, sur le calcul, la fiscalité et la procédure, en gardant à l’esprit que certains plafonds évoluent chaque année avec la loi de finances et la revalorisation du plafond de la Sécurité sociale.

Qu’est-ce que la rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est une procédure qui permet à un employeur et à un salarié en CDI de convenir, d’un commun accord, des conditions de la fin du contrat de travail. Elle se distingue nettement du licenciement (décision de l’employeur) et de la démission (décision du salarié) : ici, le consentement des deux parties est indispensable et doit être libre et éclairé.

Ses principaux avantages :

  • Le salarié perçoit une indemnité spécifique de rupture au moins égale à l’indemnité légale de licenciement.
  • Il ouvre droit, sous conditions, à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) versée par France Travail.
  • La séparation est encadrée, sécurisée par une homologation administrative, et limite le risque de contentieux ultérieur.

Attention : la rupture conventionnelle ne concerne que les CDI. Elle ne s’applique ni aux CDD (qui disposent d’une rupture anticipée d’un commun accord distincte), ni aux contrats en période d’essai.

L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle

Le Code du travail prévoit le versement d’une indemnité spécifique de rupture conventionnelle. Son montant est librement négocié entre les parties, mais il existe un plancher impératif : cette indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement.

Autrement dit, le minimum légal de l’indemnité de rupture conventionnelle se calcule exactement comme l’indemnité légale de licenciement. Rien n’interdit de négocier davantage : c’est même fréquent, l’indemnité étant un levier de négociation pour faciliter l’accord. Lorsqu’une convention collective ou un accord de branche prévoit une indemnité conventionnelle de licenciement plus favorable, c’est ce montant plus élevé qui sert de référence minimale, sauf exceptions prévues par les textes.

Le calcul du minimum légal : la règle des 1/4 et 1/3

L’indemnité légale de licenciement, qui sert de plancher, se calcule selon une formule progressive en fonction de l’ancienneté :

  • 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les dix premières années ;
  • 1/3 de mois de salaire par année d’ancienneté à partir de la onzième année.

Les années incomplètes sont prises en compte au prorata du nombre de mois. Une condition d’ancienneté minimale est en principe requise pour ouvrir droit à l’indemnité légale (généralement appréciée en mois de présence continue dans l’entreprise) ; ce seuil est à vérifier selon les textes en vigueur.

Tranche d’ancienneté Taux par année
De la 1re à la 10e année 1/4 de mois de salaire de référence
À partir de la 11e année 1/3 de mois de salaire de référence

La base de calcul : le salaire de référence

Le calcul ne se fait pas sur n’importe quel salaire. On retient le salaire de référence, déterminé selon la formule la plus avantageuse pour le salarié :

  • soit la moyenne mensuelle des 12 derniers mois précédant la rupture ;
  • soit le tiers des 3 derniers mois (dans ce cas, les primes et gratifications annuelles ou exceptionnelles versées pendant cette période ne sont retenues qu’au prorata).

On compare les deux et on conserve le résultat le plus favorable. Le salaire de référence intègre les éléments de rémunération à caractère habituel : salaire de base, primes régulières, avantages en nature, commissions, etc. Les remboursements de frais professionnels en sont exclus.

Salarié à temps partiel ou parcours mixte

Lorsque le salarié a travaillé à temps plein puis à temps partiel (ou l’inverse) au cours de sa carrière dans l’entreprise, l’indemnité est calculée proportionnellement aux périodes effectuées selon chaque modalité. Cela évite de pénaliser un salarié passé temporairement à temps partiel.

Exemple chiffré illustratif

Prenons le cas d’un salarié quittant l’entreprise par rupture conventionnelle après 13 ans d’ancienneté, avec un salaire de référence calculé à 2 400 € brut par mois (montant illustratif).

Le calcul se décompose en deux tranches :

Tranche Calcul Montant
10 premières années (1/4) 2 400 € × 1/4 × 10 ans 6 000 €
3 années suivantes (1/3) 2 400 € × 1/3 × 3 ans 2 400 €
Indemnité légale minimale 6 000 € + 2 400 € 8 400 €

Dans cet exemple, le minimum légal s’établit à 8 400 €. C’est le plancher : l’employeur et le salarié peuvent convenir d’un montant supérieur, par exemple 10 000 € ou 12 000 €, selon le contexte de la négociation. Si une convention collective prévoit une indemnité conventionnelle plus avantageuse, c’est ce montant supérieur qui devient le minimum.

La fiscalité de l’indemnité : impôt sur le revenu

L’un des intérêts majeurs de la rupture conventionnelle réside dans son régime fiscal favorable. L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle est, pour un salarié ne pouvant pas bénéficier d’une pension de retraite à taux plein, exonérée d’impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé des trois plafonds suivants :

  • le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ;
  • 2 fois la rémunération annuelle brute perçue l’année civile précédant la rupture ;
  • 50 % de l’indemnité totale perçue.

Ces deux dernières limites (les 2 fois la rémunération et les 50 %) sont elles-mêmes plafonnées à un multiple du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). Le multiple exact et le montant du PASS sont à vérifier selon le barème en vigueur, car le PASS est revalorisé chaque année. La fraction de l’indemnité qui dépasse la limite d’exonération est, elle, soumise à l’impôt sur le revenu comme un salaire.

Le régime social : cotisations, CSG et CRDS

Le traitement social de l’indemnité suit une logique proche, mais avec ses propres seuils :

  • La part exonérée d’impôt est, en principe, également exonérée de cotisations sociales, mais dans une limite distincte exprimée en multiple du PASS (à vérifier selon le barème en vigueur).
  • La CSG et la CRDS s’appliquent sur la fraction de l’indemnité excédant le montant de l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement, sans abattement d’assiette, et au minimum sur la partie soumise à cotisations.
  • En cas d’indemnité très élevée, dépassant un certain plafond (exprimé en multiple du PASS), la totalité de l’indemnité peut être soumise à cotisations sociales dès le premier euro. Ce seuil est à vérifier dans les textes en vigueur.

Le forfait social à la charge de l’employeur

Côté employeur, la part de l’indemnité de rupture conventionnelle exonérée de cotisations sociales est soumise à un forfait social. Ce forfait, dont le taux est fixé par les textes (à vérifier selon le barème en vigueur), représente un coût supplémentaire pour l’entreprise qu’il convient d’anticiper dans le chiffrage global de l’opération.

Prélèvement Principe applicable
Impôt sur le revenu Exonéré dans la limite la plus élevée des 3 plafonds, plafonnée au PASS
Cotisations sociales Exonérées dans une limite propre (multiple du PASS)
CSG / CRDS Dues sur la fraction excédant l’indemnité légale/conventionnelle
Forfait social (employeur) Dû sur la part exonérée de cotisations

Cas particulier : le salarié en droit de partir à la retraite

Le régime fiscal et social privilégié décrit ci-dessus suppose que le salarié ne peut pas bénéficier d’une pension de retraite d’un régime légalement obligatoire. Lorsque le salarié est en droit de liquider sa retraite (à taux plein ou non, selon la règle applicable), la situation change radicalement :

  • L’indemnité de rupture conventionnelle devient, en pratique, intégralement soumise à l’impôt sur le revenu ;
  • Elle est également soumise aux cotisations sociales dès le premier euro, ainsi qu’à la CSG/CRDS.

Ce point est essentiel : une rupture conventionnelle conclue avec un salarié proche de l’âge de la retraite peut perdre une grande partie de son intérêt fiscal. Une analyse au cas par cas, avec votre cabinet, est vivement recommandée avant de signer.

La procédure : entretien, signature, rétractation

La rupture conventionnelle obéit à un formalisme strict, garant de la validité de l’accord :

  • Un ou plusieurs entretiens entre l’employeur et le salarié, au cours desquels les conditions de la rupture sont discutées. Le salarié peut se faire assister.
  • La signature de la convention, formalisée sur le formulaire dédié (Cerfa), précisant notamment le montant de l’indemnité et la date de fin du contrat.
  • Un délai de rétractation de 15 jours calendaires, ouvert à chacune des parties à compter de la signature. Durant ce délai, l’une ou l’autre peut revenir sur son accord, sans avoir à se justifier.

L’homologation par l’administration

À l’issue du délai de rétractation, la convention est transmise à la DREETS (services de l’inspection du travail) pour homologation. L’administration dispose d’un délai d’instruction (15 jours ouvrables) pour vérifier le respect de la procédure et la liberté du consentement. À défaut de réponse dans ce délai, l’homologation est réputée acquise. Pour les salariés protégés (représentants du personnel notamment), ce n’est pas une homologation mais une autorisation de l’inspection du travail qui est requise.

Le contrat ne peut être rompu qu’après l’homologation (ou l’autorisation). La date de fin de contrat fixée dans la convention doit en tenir compte.

Indemnité de rupture et droit au chômage

Contrairement à une démission, la rupture conventionnelle ouvre droit, sous conditions, à l’allocation chômage (ARE). Il faut toutefois noter que le versement d’une indemnité supérieure au minimum légal peut entraîner un différé d’indemnisation spécifique : l’indemnisation par France Travail démarre alors avec un décalage proportionnel à la part d’indemnité dépassant le minimum légal. Ce mécanisme est à intégrer dans la stratégie de négociation.

Bien anticiper le coût global de l’opération

Pour l’employeur comme pour le salarié, il est indispensable de raisonner en net et en coût total :

  • Côté salarié : estimer la part nette réellement perçue après application éventuelle de la CSG/CRDS et de l’impôt sur la fraction imposable.
  • Côté employeur : ajouter au montant de l’indemnité le forfait social et les éventuelles cotisations dues, afin de connaître le coût réel de la séparation.

Un chiffrage précis, réalisé en amont avec votre expert-comptable, évite les mauvaises surprises et sécurise la négociation.

Questions fréquentes

L’indemnité de rupture conventionnelle est-elle toujours exonérée d’impôt ?

Non. Elle est exonérée d’impôt sur le revenu uniquement dans la limite la plus élevée des plafonds prévus par les textes, et sous réserve que le salarié ne soit pas en droit de bénéficier d’une pension de retraite. La fraction qui dépasse la limite reste imposable, et le salarié retraité y est, lui, imposé dès le premier euro.

Peut-on négocier une indemnité supérieure au minimum légal ?

Oui, tout à fait. Le minimum légal n’est qu’un plancher. Les parties sont libres de convenir d’un montant plus élevé. Il faut toutefois garder à l’esprit l’impact sur la fiscalité, les cotisations et le différé d’indemnisation chômage de la part excédant ce minimum.

Quelle ancienneté faut-il pour toucher l’indemnité ?

L’indemnité légale de licenciement, qui sert de plancher, suppose une condition d’ancienneté minimale dans l’entreprise. Le seuil exact est à vérifier selon les textes en vigueur. En deçà, la convention collective peut néanmoins prévoir des dispositions plus favorables.

Que se passe-t-il si l’homologation est refusée ?

En cas de refus d’homologation par l’administration, la rupture conventionnelle est invalide et le contrat de travail se poursuit normalement. Les parties peuvent corriger le dossier et présenter une nouvelle demande, ou renoncer au projet.

La rupture conventionnelle est-elle possible pendant un arrêt maladie ou un congé maternité ?

La jurisprudence admet la rupture conventionnelle dans certaines situations de suspension du contrat, sous réserve que le consentement du salarié soit libre et éclairé et qu’aucune fraude ne soit caractérisée. Les situations de protection renforcée (congé maternité notamment) appellent une vigilance particulière ; un conseil personnalisé est recommandé.

En résumé

L’indemnité de rupture conventionnelle ne peut jamais être inférieure à l’indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire de référence par année jusqu’à 10 ans, 1/3 au-delà, le tout calculé sur le salaire de référence le plus favorable. Son régime fiscal et social est avantageux — exonération d’impôt et de cotisations dans des limites liées au PASS, CSG/CRDS sur la fraction excédant le minimum, forfait social employeur — mais ce régime devient nettement moins favorable lorsque le salarié peut prétendre à la retraite. Comme les plafonds évoluent chaque année avec la loi de finances et la revalorisation du PASS, un chiffrage à jour, réalisé avec votre cabinet, reste la meilleure garantie d’une opération maîtrisée.

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