Finances : Bercy est préoccupé par l'évolution défavorable des comptes pour 2024
Ce jeudi, Thomas Cazenave a rencontré les principaux responsables parlementaires des finances pour discuter des fondements du futur projet de loi du budget pour 2025. Cette perspective est assombrie par une situation plus complexe que prévue dès cette année, à cause des collectivités locales et d'indices de déclin concernant les revenus.
Par Renaud HONORÉ
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La "drôle de guerre" qui ne semblait pas vouloir débuter en 1939 a maintenant son équivalent avec le "drôle de budget". A presque un mois de la présentation du projet de loi de finances pour 2025, les députés sont toujours laissés dans l'incertitude, sans aucun document préparatoire de la part du gouvernement. Cette situation inhabituelle commence sérieusement à les irriter.
Thomas Cazenave a ressenti le besoin de prendre une initiative ce jeudi. L'ancien ministre des Comptes publics a rencontré les figures clés du parlement impliquées dans les enjeux budgétaires. Il s'agit notamment du tout nouveau rapporteur général du Budget, Charles de Courson (du groupe LIOT), et du président de la Commission des Finances, Eric Coquerel (LFI), représentant l'Assemblée nationale. Il a également rencontré leurs équivalents du Sénat, à savoir Jean-François Husson (LR) et Claude Raynal (PS).
Avertissement concernant l'impôt sur le revenu
Les représentants sont repartis les mains vides, notamment sans le "hors-série", ce document qui résume les montants budgétaires approuvés par le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, pour l'élaboration du budget provisoire de 2025. L'administration actuelle ne souhaite pas diffuser un premier jet qui pourrait être rapidement revu et corrigé par le futur Premier ministre dans les jours à venir.
Les premières indications concernant les économies envisagées – 1,6 milliard pour le ministère du Travail et des réductions pour la Transition écologique – provoquent déjà de vifs désaccords.
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La visite à Bercy n'a pas été vaine malgré tout. Les législateurs ont eu un aperçu de l'état financier que le futur leader du gouvernement va devoir gérer, et il est loin d'être idéal. Bien sûr, l'économie a été relativement stable ces derniers temps, surpassant les prédictions les plus négatives. Par exemple, la croissance économique a atteint 0,3% au deuxième trimestre, portant le total pour l'année en cours à 1%, ce qui correspond exactement à l'objectif que Bercy avait prévu pour l'ensemble de l'année 2024. Il se pourrait même qu'il soit légèrement dépassé.
Cependant, cela ne résout pas le problème des finances publiques. D'après nos sources, Bercy est préoccupé par des indicateurs défavorables concernant les revenus. Ceci s'applique autant à l'impôt sur le revenu qu'à l'impôt sur les sociétés, alors que les recettes de la TVA en juillet ne répondraient pas à toutes les prévisions. Cela pourrait potentiellement représenter plusieurs milliards d'euros.
Fonds bloqués
Les autorités locales donnent également des maux de tête aux spécialistes du ministère de l'Économie. Les coûts d'exploitation ont grimpé de 7% durant le premier semestre de l'année, alors que l'objectif était de viser environ +2%. Cependant, le gouvernement ne dispose actuellement d'aucun contrôle effectif sur la situation, ayant renoncé pour le moment à tout système de contrainte.
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Les tendances concernant les revenus et dépenses des collectivités locales s'ajoutent à des coûts inattendus pour la Nouvelle-Calédonie et l'organisation des élections législatives. Par conséquent, l'objectif révisé à la baisse du déficit 2024 (-5,1%) semble hors de portée. "C'est une source réelle de préoccupation", admet une source au sein du ministère. Un premier programme d'économies de 10 milliards a déjà été mis en œuvre en février. En avril, un deuxième programme du même montant a été annoncé, mais il reviendra au prochain gouvernement de le mettre en œuvre ou non.
Actuellement, Bercy a mis en attente 16,7 milliards d'euros de crédits pour 2024, et il sera nécessaire que le prochain gouvernement supprime entre 6 et 7 milliards d'euros de cette somme pour respecter le calendrier du plan d'économies. Des mécanismes visant à imposer les revenus des compagnies énergétiques (plus de 2 milliards) et les rachats d'actions (300 millions) sont aussi en préparation, prêts à être mis en œuvre si besoin.
Honoré Renaud
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